Toujours à l'occasion du Printemps des Poètes,
j'ai fait deux petits montages video pour vous présenter des poèmes.
Vous entendrez : Les Colchiques, Apollinaire, lu par JL Trintignant Heureux qui comme Ulysse, Du Bellay, lu par un anonyme Le pont Mirabeau, Apollinaire, JL Trintignant
(Oui, j'avoue, j'ai un CD de poèmes d'Apollinaire lus par JL Trintignant, et je l'adore ! ^^ )
Et sur la deuxième vidéo : Barbara, Prévert, lu par Yves Montand
Organisé depuis 1999, le Printemps des poètes met la poésie à l'honneur...
Je voulais donc vous proposer quelques uns de mes poèmes préférés !
Victor Hugo
Guillaume Apollinaire (mon préféré)
Arthur Rimbaud
Paul Verlaine
Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
C'est un
trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Il
pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.
C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Oeuvres poétiques ;
Oeuvres en prose complètes, T1
Guillaume Apollinaire
Ed. de la Pléiade / Gallimard
1965
Je viens de recevoir, pour mon anniversaire, deux recueils d'Apollinaire en Pléiade. Etant mon poète préféré, je suis rudement fière de les avoir !
Alors j'en profite pour parler un peu de ce fantastique poète.
Biographie :
Guillaume Apollinaire, pseudonyme de Wilhelm Albert Vladimir Apollinaris de Wąż-Kostrowitcky (26 août 1880, Rome – 9 novembre 1918, Paris) est un des principaux poètes d'expression française
des premières décennies du XXe siècle, auteur notamment du Pont Mirabeau. Il écrit également des nouvelles et des romans érotiques (Les Onze Mille Verges, 1907). Il pratique le calligramme (terme
de son invention). Il est le chantre de toutes les avant-gardes artistiques (les Peintres cubistes, 1913) et, poète (Alcools, 1913 ; Calligrammes, 1918) ou théoricien (l'Esprit nouveau et les
poètes, 1917), un précurseur du surréalisme (les Mamelles de Tirésias, 1917) dont il a forgé le nom.
Il naît à Rome d'une mère issue de la noblesse polonaise, Angelica Kostrowicka, et de père inconnu, peut-être un officier italien. Il arrive en 1887 à Monaco, puis poursuit des études aux lycées de
Cannes et de Nice. En 1899, il passe l'été dans la petite bourgade wallonne de Stavelot, un séjour quitté à « la cloche de bois » : ne pouvant payer la note de l'hôtel où Apollinaire réside avec
son frère et sa mère, la famille doit quitter la ville en secret et à l'aube. L'épisode wallon féconde durablement son imagination et sa création. Ainsi de cette époque date le souvenir des danses
festives de cette contrée (« C'est la maclotte qui sautille ... »), dans Marie, celui des Hautes Fagnes, ainsi que l'emprunt au dialecte wallon.
En 1901 et 1902, il est précepteur dans une famille allemande. Il tombe amoureux de la gouvernante anglaise Annie Playden, qui ne cessera de l'éconduire et lui inspirera La Chanson du mal-aimé.
C'est la période « Rhénane » dont ses recueils portent la trace (La lorelei, Schinderhannes). Lorsque Annie quitte la famille allemande, excédée par les assauts incessants du jeune Guillaume, il la
suit en vain jusqu'en Angleterre, et elle part pour l'Amérique en 1904, s'éloignant définitivement de lui. Le poète célébrera sa relation avec Annie et la douleur de la rupture dans de nombreux
poèmes, dont Annie et surtout La Chanson du mal-aimé.
Entre 1902 et 1907, il travaille pour divers organismes boursiers et commence à publier contes et poèmes dans des revues. En 1907, il rencontre le peintre Marie Laurencin, avec laquelle il
entretiendra une relation pleine d'émulation et d'orages. Il décide de vivre de sa plume. Il se lie d'amitié avec Picasso (il lui avait d'ailleurs dit : « tu vois, moi aussi je suis peintre » à
cause de son travail sur les calligrammes), Derain, Edmond-Marie Poullain , de Vlaminck et le douanier Rousseau, se fait un nom de poète, de journaliste, de conférencier et de critique d'art. En
septembre 1911, soupçonné dans le vol de la Joconde au Louvre, il est emprisonné durant une semaine à la prison de la Santé ; cette expérience le marquera. En 1913, il publie Alcools, somme de son
travail poétique depuis 1898.
Peu avant de s'engager dans l'armée française en décembre 1914, il tombe amoureux de Louise de Coligny-Châtillon, rencontrée à Nice, qu'il surnomme « Lou ». Mais la jeune femme ne l'aimera jamais,
ou du moins, pas comme il le voudrait ; bien qu'elle le rejoigne au régiment pendant une semaine (il connaîtra dans ses bras un érotisme violent qui marquera à jamais sa plume), ils rompent en mars
1915. Il part avec le 38e régiment d'artillerie de campagne pour le front de Champagne en avril 1915. Malgré les vicissitudes du front, il écrit dès qu'il le peut pour tenir et rester poète (Case
d'Armons, et une abondante correspondance avec Lou, Madeleine et ses nombreux amis dont André Salmon). La guerre est pour lui l'occasion de se déclarer « vrai Français », de servir sa patrie. En
1915, dans un train, il rencontre Madeleine Pagès avec laquelle il se fiancera. Transféré sur sa demande au 96e régiment d'infanterie avec le grade de sous-lieutenant en novembre 1915, il est
blessé à la tête par un éclat d'obus le 17 mars 1916, alors qu'il lit le Mercure de France dans sa tranchée. Évacué sur Paris, il est trépané en mai 1916. Après une longue convalescence, il se
remet progressivement au travail, fait jouer sa pièce Les Mamelles de Tirésias en juin 1917 et publie Calligrammes en 1918. Il épouse Jacqueline (la « jolie rousse » éponyme du poème) à qui l'on
doit de nombreuses publications posthumes.
Affaibli par sa blessure et les gaz de combat, Guillaume Apollinaire meurt le 9 novembre 1918 de la grippe espagnole. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris alors que, dans les rues,
les Parisiens célèbrent la fin de la guerre.
Son nom est cité sur les murs du Panthéon de Paris dans la liste des écrivains morts sous les drapeaux pendant la guerre 1914-1918.
Influencé par la poésie symboliste dans sa jeunesse, admiré de son vivant par les jeunes poètes qui formèrent plus tard le noyau du groupe surréaliste (Breton, Aragon, Soupault — il est à noter
qu'Apollinaire est l'inventeur du terme « surréalisme »), il révéla très tôt une originalité qui l'affranchit de toute influence d'école et qui fit de lui un des précurseurs de la révolution
littéraire de la première moitié du XXe siècle.
Apollinaire se caractérise par un jeu subtil entre modernité et tradition, par un renouvellement formel constant (vers libre, monostiche, création lexicale, syncrétisme mythologique), et par une
imprégnation de tout ce début de XXe siècle, période de renouveau pour les arts et l'écriture, avec l'émergence du cubisme dans les années 1910, du futurisme italien en 1909 et du dadaïsme en 1916.
Apollinaire entretient des liens d'amitié avec nombre d'artistes et les aide dans leur parcours artistique ("la phalange nouvelle").
Le spécialiste incontesté et brillant d'Apollinaire est - était - feu Michel Décaudin, auteur fin, drôle, pédagogue, de nombreuses critiques, dossiers, articles, préfaces et éditions du poète,
ainsi que d'une thèse indispensable, La crise des valeurs symbolistes. M. Décaudin est décédé en 2005. À sa suite, Mmes Claude Debon et Laurence Campa assurent l'actualité de la recherche sur
Apollinaire.
Mon poème préféré :
1] Apollinaire récite son poème 2] Marc Lavoine le met en chanson
***
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine.
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
***
N'hésitez pas à ouvrir un recueil d'Apollinaire. Grand témoin de son temps (début du 20ème) c'est un artiste complet. Il met les mots dans tous les sens pour en faire resortir
leur beauté. Il réussit aussi bien des poèmes en alexandrins que ses famueux calligrammes.
Il déjoue les règles de la poésie française pour en devenir un grand maître.
Bref, Apollinaire est de loin mon poète préféré, c'est même mon homme de Lettres préféré.
Il a tous les talents pour ! ;)